Article rédigé par
Alexandra Nadal Sorando
Youth Programme Aide
nadal@democracy-international.org
L'Union européenne reconnaît que la démocratie est soumise à des pressions tant internes qu'externes, et admet également que la perte de confiance et le désengagement comptent parmi les principaux défis auxquels elle est confrontée aujourd'hui. Mais que pouvons-nous faire pour y remédier?
De nombreux types de démocratie peuvent coexister au sein d’un environnement démocratique qui permet à celle-ci d’exister et de perdurer. La démocratie représentative (à savoir, les élections) n’est que la partie émergée de l’iceberg. Dans la continuité de nos précédentes observations sur les Panels de citoyens européens (voir 1 800 milliards d’euros à travers le regard de 150 Européens et La démocratie européenne a besoin de plus qu’un bouclier), nous souhaitons à présent présenter la manière dont le Panel de citoyens sur la résilience démocratique, et la démocratie délibérative en général, impliquent les citoyens en tant qu’acteurs de la démocratie, tout en mettant en lumière la manière dont notre Programme Jeunesse contribue à créer des espaces similaires pour les jeunes.
Ce panel ne se contente pas de donner aux citoyens européens les ressources nécessaires pour acquérir des connaissances, réfléchir à leurs besoins et à leurs préoccupations, et formuler des recommandations non contraignantes sur la manière d’y répondre; surtout, il offre aux citoyens un espace où échanger leurs idées et les partager avec l’ensemble de la société européenne. La Commission européenne adopte une position claire: la voix des citoyens compte, et la mise en place d’espaces communs et ouverts de discussion et d’échange d’idées est essentielle pour renforcer la résilience démocratique.
Comment contribuons-nous à créer des espaces similaires à travers nos projets ?
C’est l’un des principaux objectifs du Democracy Camp de Democracy International, et nous le faisons en organisant des échanges de jeunes dont la priorité absolue est d’écouter la voix des jeunes. Concrètement, cela se traduit ainsi: nous créons des espaces multiculturels permettant de discuter des opportunités et des défis auxquels la participation des jeunes est confrontée aujourd’hui et, ainsi, les jeunes peuvent trouver un terrain d’entente et tirer collectivement des conclusions et formuler des recommandations en vue d’améliorations.
Il y a moins d’un mois, nous clôturions la sixième édition du Democracy Camp, cette fois-ci en Bulgarie. Cet échange de jeunes a réuni environ 70 jeunes âgés de 16 à 26 ans, dans les villes de Sofia et de Veliko Tarnovo, afin de découvrir et d’échanger autour de bonnes pratiques permettant de s’engager dans la démocratie directe, l’éducation aux médias, l’inclusion et les questions européennes. Le Democracy Camp en Bulgarie s’est articulé autour de quatre grandes approches méthodologiques : observer, écouter, partager et réfléchir.
Étape 1: Observer
Une étape essentielle consiste à observer ce qui a déjà été fait, ce qui existe et fonctionne actuellement et, dans le cadre de l’échange, ce que nous pouvons apprendre de notre environnement. Pendant le Camp, les participants ont eu l’occasion d’observer et de réfléchir à l’évolution de la démocratie en Bulgarie à travers de nombreuses activités. D’une part, ils ont participé à un Democracy Scavenger Hunt à travers les bâtiments les plus emblématiques liés à l’histoire démocratique de la Bulgarie dans la ville de Sofia, et ont même bénéficié d’une visite guidée du nouveau bâtiment de l’Assemblée nationale. D’autre part, lors de notre séjour à Veliko Tarnovo, les participants ont pris part à une visite historique de la vieille ville de l’ancienne capitale de la Bulgarie; ils y ont découvert des lieux et des récits liés à la démocratie et à l’inclusion, et ont pu réfléchir au lien entre ces espaces, d’une part, et l’histoire et les valeurs qui façonnent aujourd’hui notre société, d’autre part.
Étape 2: Écouter
L’étape suivante consiste naturellement à écouter, car il est important non seulement de regarder ce qui nous entoure, mais aussi d’apprendre en échangeant avec des personnes qui disposent d’une expérience dans les domaines que nous souhaitons aborder. Dans cette perspective, les participants ont eu l’occasion de rencontrer, d’écouter et d’échanger avec des initiatives locales en Bulgarie. Parmi elles figurait la Sofia Development Association, une organisation à but non lucratif qui agit comme un centre de ressources pour expérimenter des innovations dans les domaines de la culture et de la transformation numérique, ainsi que dans la recherche, l’analyse et les programmes éducatifs, créant les conditions d’un dialogue permanent entre la société civile, les communautés créatives, les entreprises, les institutions universitaires et la municipalité de Sofia 1. La représentant lors du Camp, Sevdalina Voynova, Directrice des programmes, et Snezhina Gabova, Chercheuse, ont animé une présentation et une discussion sur l’activisme citoyen au service d’une démocratie résiliente.
Nous avons également organisé une table ronde sur les pratiques d’inclusion et de lutte contre les discriminations dans la région de Veliko Tarnovo, avec deux acteurs clés: l’Amalipe Center for Interethnic Dialogue and Tolerance et la campagne КилерЪ (the Closet). D’une part, Teodora Krumova est intervenue en tant qu’oratrice représentant l’Amalipe Center, une organisation rom de premier plan œuvrant en faveur de l’intégration égalitaire de la communauté rom, qui joue un rôle central dans l’organisation de son mouvement citoyen et dans la mise en œuvre d’activités de plaidoyer en faveur de l’intégration des Roms auprès des institutions publiques et de la société bulgare 2. D’autre part, nous avons également eu le plaisir d’accueillir Margarita Simeonova, fondatrice de la Future World Association, à l’origine de la campagne Closet, une initiative écologique et sociale qui accueille le premier et unique marché gratuit permanent de Bulgarie, avec pour objectif de réduire la quantité de déchets produits tout en apportant un soutien aux personnes confrontées à des difficultés socio-économiques.
La table ronde a non seulement permis aux participants de mieux comprendre les nombreuses façons dont la société civile peut agir auprès des individus et des collectifs ayant moins d’opportunités ,et inversement, mais elle a également ouvert un espace de réflexion et de discussion sur les collaborations potentielles qui pourraient naître de la mise en commun des forces des deux organisations représentées par les intervenantes.
Étape 3: Partager
Une fois que nous avions appris autant que possible de l’extérieur, nous devions nous tourner vers l’intérieur : vers notre groupe, nos vies et nos ressentis. Certaines sessions du Democracy Camp étaient consacrées au partage et à l’échange des expériences et des réflexions personnelles des participants sur la participation citoyenne à travers l’Europe. L’une d’entre elles était le World Café, au cours duquel les responsables de groupe de chaque délégation animaient une table consacrée aux outils de participation des jeunes dans leur pays. Les participants pouvaient ainsi découvrir ces outils et identifier les similitudes et les différences avec ceux de leur propre pays.
Un temps était également consacré à des ateliers parallèles animés par les participants eux-mêmes, qui ont partagé leurs connaissances et leurs compétences en matière d’éducation aux médias, de techniques discursives, de propagande, de solidarité et d’intersectionnalité. Nous souhaitons mettre en lumière deux sessions particulièrement marquantes. Anna Kichula, avec le soutien de l’ensemble de la délégation ukrainienne, a animé une présentation sur le rôle de la société civile et du bénévolat en Ukraine, suivie d’une discussion particulièrement riche sur la solidarité en temps de guerre. De son côté, Dimitar Konduzov, de la délégation bulgare, a animé une simulation interactive autour de la liberté d’expression, de la censure, de la littérature et de l’esprit critique.
Étape 4: Réfléchir
Enfin, et certainement pas le moins important, ce n’est qu’après avoir suivi les étapes précédentes que nous pouvons réfléchir de manière éclairée aux points de convergence entre nos expériences et nos besoins. Ces convergences, mais aussi leur absence, nous donnent une image réaliste de la constellation actuelle des défis et des réussites liés aux outils de participation des jeunes. Cela nous permet de tirer des conclusions et de formuler des recommandations fondées sur des données probantes afin d’améliorer et de renforcer la participation des jeunes à la démocratie. Deux sessions clés ont amené les participants à réfléchir et à trouver un terrain d’entente: l’Ideas Brunch et la mise en œuvre du Youth Participation Handbook, au cours de laquelle l’ensemble des participants a été réparti en groupes de travail consacrés à des sujets spécifiques liés à la participation des jeunes. Cette dernière a permis de consolider les enseignements du Democracy Camp et de recueillir les principaux enseignements et recommandations des participants en vue de la création du Youth Participation Handbook 2026. La première, quant à elle, a abordé des considérations importantes pour la création d’un réseau de jeunes intéressés par la démocratie, à savoir le Youth Democracy Network.
Notre réflexion: la résilience commence par la création d’un espace de dialogue
Les espaces qui précèdent, suivent et s’insèrent entre les quatre étapes sont remplis de conversations. Réunir 70 jeunes au même endroit, au même moment, autour des mêmes activités suscite des échanges intéressants, car, après tout, ce sont 70 personnes distinctes, issues de milieux différents, de pays différents et de cultures différentes. Une étincelle se produit lorsque l’on met toutes ces étapes en pratique, et j’aime l’appeler «échange». Et cet échange devient possible lorsque l’on permet aux conversations d’avoir lieu.
L’Union européenne souligne elle aussi très clairement que la création de ces espaces de discussion entre des personnes différentes et issues d’horizons variés constitue une étape essentielle pour renforcer la résilience démocratique 3. Face aux défis auxquels la démocratie est aujourd’hui confrontée, donner aux citoyens la possibilité de partager leurs expériences vécues et écouter activement leurs suggestions représente peut-être un petit pas pour nous, mais un grand pas vers une Union européenne qui nous ressemble davantage et qui nous appartient davantage. Nous sommes très heureux de voir la Commission prendre de nouvelles mesures en faveur des outils de démocratie délibérative, tels que les Panels de citoyens européens, ce qui nous amène également à réfléchir à tout le travail que nous accomplissons dans le cadre de notre Programme Jeunesse en créant, nous aussi, un espace similaire de dialogue et d’échange entre des jeunes venus de toute l’Europe.
En fin de compte, la démocratie consiste à réunir les différentes voix qui composent la société et à trouver des solutions communes et, comme l’a déclaré la présidente Ursula von der Leyen dans son discours désormais bien connu lors de la cérémonie du Prix international Charlemagne 2025: «L’Europe ne peut prospérer que si la démocratie prospère.» 4
Sources:

Ce projet est cofinancé par l'Union européenne. Les opinions exprimées dans ce contexte sont toutefois celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de l'Union européenne ou de Democracy International e.V. Ni l'Union européenne ni l'organisme de financement ne peuvent en être tenus responsables.