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La déclaration de Palerme sur le climat : promesses et compromis

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La déclaration de Palerme sur le climat : promesses et compromis

12-11-2021

Darragh Power, stagiaire chez Democracy International nous donne un aperçu de l’assemblée TRANSEUROPA qui a eu lieu à Palerme en octobre. Il a voyagé jusqu’en Sicile pour participer à l’assemblée. Ses expériences, ses impressions et ses réflexions sur l’évènement font l’objet de cet article.

Par Darragh Power

 

 

Pendant que la Conférence sur l’avenir de l’Europe tenait sa deuxième session plénière à Strasbourg, une autre assemblée complémentaire avait lieu à Palerme en Sicile. L’assemblée TRANSEUROPA à Palerme a rassemblé une série d’évènements– « les assemblées de la solidarité » - qui se sont tenues dans douze lieux différents en Europe dans dix pays et qui traitait aussi de l’avenir de l’Europe. Certain.e.s de ses participant.e.s, dont moi-même, se sont enfin rencontré.e.s en personne sous l’ancienne église sans toit, Lo Spasimo, avec des citoyen.ne.s de Palerme et Tunis, les organisateurs.rices d’European Alternatives en partenariat avec le Parlement européen et d’autres membres de la coalition Citizens Take Over Europe. La question en tête de l’ordre du jour était : comment prévenir une catastrophe environnementale ?

Ce sujet n’a pas apaisé mon sentiment de culpabilité et d’hypocrisie pour avoir pris l’avion vers une conférence sur le changement climatique. Néanmoins, j’avais promis (à moi – et à tous.tes ceux.lles qui voulaient bien l’entendre) que ma participation active et ma contribution à l’assemblée pourrait compenser mon empreinte carbone résultant du voyage sur le long-terme. Cela nous ramène à l’enjeu de de la responsabilité personnelle face à celle systémique. Est-ce que prendre l’avion est fondamentalement plus néfaste que choisir d’utiliser des sacs en plastique à la place de sacs en papier à la caisse ? Ou s’agit-il simplement d’une différence d’échelle ? Sur qui repose la responsabilité de changer – notamment lorsque ceux.lles responsables pour les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas prêt.e.s ou ne sont plus là pour mener ce changement ?

Similaire à la manière dont les muscles se développent lors de la phase de repos suivant un effort physique, j’ai développé une plus grande compréhension de l’assemblée de Palerme après avoir réfléchi aux évènements du week-end. Je me remémore et me souviens d’une expérience collective à moitié structurée qui a tenté de construire un meilleur navire au beau milieu d’une tempête. Je me rappelle aussi de personnes perdu.e.s en mer qui peinaient à se rattacher aux bouées de sauvetage. Notre groupe a délibéré, échangé avec des expert.e.s, mis en avant des propositions et nous avons créé ensemble la déclaration de Palerme sur le climat. 

L’heure du changement

Pour démarrer l’évènement, les principes soulignés par les assemblées précédentes ont été rassemblés dans six catégories ouvertes. Nous nous sommes joint.e.s à celles qui nous intéressaient le plus. Vincenzo, un habitant de Palermo, a rejoint avec moi le groupe sur les réfugié.e.s climatiques, dirigé par Kasia Wojcik. Nous avons commencé par discuter des défaillances du cadre humanitaire qui tend à dépolitiser les individus. Nous nous sommes aussi interrogé.e.s sur la pertinence de la distinction entre différent.e.s catégories de réfugié.e.s. Cela ne crée-t-il pas un risque d’avoir des réfugié.e.s « désiré.e.s » et « non désiré.e.s » ? Est-ce que la pauvreté est par exemple une raison moins valide de quitter son pays que les dommages environnementaux ? Pourquoi les individus se sentent-ils.elles forcé.e.s de quitter leur patrie dans un premier temps ? La communauté internationale ne devrait-elle pas se concentrer sur la prévention, la mitigation et l’atténuation de ces causes sous-jacentes ? Ainsi, nous proposons que les personnes devraient avoir le droit de choisir leur domicile – partir ou rester. Nous avons posé des principes et souligné ceux que nous pensons, importent le plus et devraient être intégrés à notre déclaration sur le climat. 

Après le repas du midi, j’ai eu une conversation fascinante avec un des panelistes, Erwin Mayer, qui siège au Conseil d’administration de Democracy International et qui est le porte-parole de Mehr Demokratie Autriche. Nous avons parlé du Cléroterion de la Grèce antique – un outil utilisé pour choisir au hasard les athénien.ne.s éligibles aux postes au pouvoir, lesquels ils.elles détiendraient pour une période prédéfinie, en échange ils.elles sont tenu.e.s responsables. L’objectif était d’éviter la corruption liée au pouvoir.  Les assemblées citoyennes reposent souvent sur une sélection aléatoire des participant.e.s, qui peut potentiellement réduire l’influence des groupes d’intérêts et des hommes et femmes politiques de carrière. C’est, selon Erwin, seulement si certaines conditions sont remplies – tel que si les initiatives viennent des citoyen.ne.s (par exemple après avoir atteint un seuil de signatures dans une période de temps limitée) et résultent en une délibération citoyenne et en référendum obligatoire.

A aucun moment nous n’avons parlé de la démocratie dans son sens commun « une personne, un vote ». Nous sommes tous les deux désabusés par la démocratie représentative, considérant qu’elle est sujette aux aspirations carriéristes et à l’influence des entreprises. Mais qu’en est-il de la gouvernance qui en découle ? Les personnes les plus affectées par les politiques ne devraient-elles pas être directement impliquées dans la formulation de ces mêmes politiques ? Erwin soulève le problème du nombre important de personnes qui estiment être affecté.e.s directement. Il mentionne un exemple personnel, lorsqu’il a été confronté au NIMBY-ism (« Not in my garden » - « pas dans mon jardin ») par rapport à la construction d’une piste cyclable. Les élu.e.s devraient-ils.elles céder face aux intérêts des riverain.e.s ou est-ce que l’intérêt général lié au développement des pistes cyclables devrait prévaloir ? Est-ce qu’un compromis peut être trouvé ? Dans tous les cas, il n’est pas évident de déterminer quels groupes affectés comptent le plus – ce peut être une question politique qui subsiste en attendant que les progressistes s’identifient et s’unissent. 

Il était temps de récolter un peu plus d’informations de la part des expert.e.s avant de se séparer en groupes de travail. En tant que panelistes, Erwin a présenté son modèle de gouvernance imprégné par la démocratie directe. Ensuite, Andrea Salimbeni, ingénieur en recherche et développement et activiste chez EUmans a traité de l’énergie. Il évoque le Système européen d’échange de quotas d’émissions et ses défaillances. A la suite de ces deux présentations, nous nous sommes séparé.e.s en deux groupes de travail pour se focaliser sur la démocratie ou l’énergie – chargé.e.s de proposer des mesures pour chaque domaine qui reflètent les principes déterminés précédemment. J’ai trouvé la tâche difficile pour le groupe de travail sur l’énergie. Nous nous sommes concentré.e.s sur les propositions incitant des comportements durables et décourageant la consommation ostentatoire. Cependant, notre intervention m’a semblé être prédéterminée par l’impératif de suivre la logique du marché. Cela m’a fait réaliser que des décisions aussi importantes ne devraient pas être laissées aux mains de quelques personnes privilégié.e.s. Si nous voulons adresser la crise climatique de manière efficace et juste, nous devons inclure des personnes de toutes les classes de la société dans la prise de décision. 

Ce même week-end, un certain nombre d’entre nous a assisté à une discussion en fin de soirée, à la Pizza Mediterraneo Pubblica à proximité organisée par les habitant.e.s du camp de migrants provisoire de Campobello. Leurs maisons ont été brûlées une quinzaine jours auparavant. Un homme est décédé dans les flammes. Ils.elles n’avaient plus d’eau pour éteindre l’incendie et ont regardé impuissants les flammes détruire le peu qu’ils.elles possédaient. « Vous pensiez que nous n’avions rien avant ; maintenant nous n’avons réellement rien ». Les personnes les plus vulnérables et qui contribuent le moins au changement climatique sont ceux.celles qui souffrent le plus de ses conséquences. 

Lorsque nous réfléchissons à mettre en place un changement – pas seulement écologique, mais aussi social – un des enjeux les plus importants est la qualité de notre existence. La promesse de la prospérité pour tous ne peut pas surpasser la perpétuation du recours à l’esclavage moderne. Le capitalisme a divisé le monde en deux. Ceux qui comptent et ceux qui ne comptent pas. Il s’est détaché de son prototype libéral-démocratique pour se rapprocher d’autres cultures, dont celles autoritaires. Tandis que les systèmes libéraux et démocratiques (eux-mêmes marqués par le déficit démocratique et des années d’austérité) tentent de concurrencer les déviances autoritaires du capitalisme, nous devons nous demander, de la même manière que Bob Dylan dans les années 60, « combien d’années peuvent certaines personnes exister, avant qu’elles soient libres ? »

Quand je me penche sur les origines de notre économie contemporaine – sur le colonialisme, l’exploitation et l’extraction – je réalise qu’on ne les a pas laissés derrière nous. Nous sommes toujours très dépendant.e.s de l’énergie fossile pour se déplacer et nourrir nos villes. Nous sommes toujours dépendant.e.s de l’exploitation, qui est souvent déclocalisée ; il n’y a pas d’Apple sans Foxconn.

La conférence sur l’avenir de l’Europe offre une chance aux citoyen.ne.s d’être plus engagé.e.s dans les décisions qui affectent leur vie, mais c’est loin d’être suffisant. Des assemblées parallèles, telles que l’assemblée de Palerme offre aux citoyen.ne.s un espace de discussion pour ces enjeux importants – mais encore une fois, tout le monde n’est pas convié et rien n’est juridiquement contraignant. Il manque notamment autour de la table de discussion une place pour les personnes qui sont les plus affectées par le changement climatique, malgré leur faible contribution. Leurs voix sont importantes. Tant que leur voix ne sont pas suffisamment prises en compte dans les décisions économiques et politiques, nos décisions sonneront creuses. Avez-vous des suggestions pour construire des communautés solidaires, résilientes et capables de répondre aux enjeux ?

 

 

 

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